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De retour de la SaintéLyon 2019 : Voyage au bout d’une nuit dantesque !

Il ne sera pas dit que cette édition 2019 était plus facile que la version précédente, loin de là…

 

Prologue

Parti samedi matin pour regagner la gare routière de Toulon, je prends un BlaBlaBus à destination de la gare routière de Lyon-Perrache. A la descente du bus, mon barda sur le dos, je rejoins la Halle Tony Garnier à pieds (30 minutes d’échauffement) afin de récupérer mon dossard. Cette formalité accomplie, je prends une des nombreuses navettes qui emmènent les concurrents au Parc des Expositions de Saint-Etienne, lieu de départ de la SaintéLyon 76k. 

Enfin sur place, direction la pasta-party, histoire de prendre quelques forces avant le départ. Dans la longue file d’attente qui nous mène au restaurant improvisé, je fais la connaissance de Francis et Stéphane, première SaintéLyon pour eux, où nous échangeons sur nos expériences de trailers et partageons ensemble ce repas de “sportif”.

Le repas terminé, la salle étant déjà bien occupée par les milliers de concurrents, nous ne trouvons pas assez de place pour nous mettre au même endroit. Après un peu de “gymkhana” pour passer par dessus les nombreux trailers couchés, je me trouve juste assez de place pour poser mon barda et mon sac de couchage. Il est désormais grand temps de se préparer et d’essayer de se reposer un peu avant le départ… 

SaintéLyon 2019 - Pars des Expositions de Saint-Etienne - Dans l'attente du départ !

Parc des Expositions de Saint-Etienne : L’attente avant le départ…

 

Peine perdu pour le repos, entre le temps qu’il me faut pour m’habiller, remplir la poche à eau et les flasques, vérifier mon sac de trail, je m’aperçois qu’il y a un problème avec l’affectation de mon dossard. En effet, sur le live trail, je ne trouve pas mon nom et mon numéro n’est pas attribué. Qu’à cela ne tienne, il faut repérer un membre du staff pour signaler l’incident. Après une vingtaine de minutes à patienter avec quelques autres concurrents ayant constatés la même anomalie, on nous rassure en nous précisant que normalement, tout devrait rentrer dans l’ordre après le départ…

22h30 passé ! Tant pis pour le repos, il est l’heure de se mettre en place dans le sas si je veux pouvoir partir dans les premières vagues…

 

Sur la grille de départ

Fort de l’expérience précédente, où avec Florent, nous nous étions placés dans le sas à 22h30, je savais qu’il ne fallait pas attendre plus. A cette heure, il doit y avoir au minimum 2000 concurrents devant moi. Par chance, pour le moment il ne pleut pas et la température est relativement clémente. C’est l’occasion pour discuter avec les concurrents proches de moi. Je me demande où peuvent bien se situer Francis et Stéphane parmi ces milliers de participants même si je sais qu’il y a peu de chance pour que l’on arrive à se revoir sur le parcours.

23h passé : Alors que l’animateur fait monter la pression petit à petit, les élites se font priés pour venir se placer dans le sas qui leur est réservé. Nous avons même droit à une demande en mariage sous l’arche de départ par un trailer engagé sur l’épreuve Lyon-SaintéLyon, c’est-à-dire deux fois la distance, une fois dans un sens puis dans l’autre, soit 152 km. Malheureusement blessé, il s’arrête ici, et en profite donc pour faire sa demande. Tout le monde applaudit 🙂

23h30 : Les élites sont partis et la 1re vague de concurrents s’élance sous la musique tonitruante et le show de lumières. 

 

SaintéLyon 2019 - Quelques minutes avant le GO !

Quelques minutes avant le GO !

00h00 : 3e vague, le départ nous est donné !

Je pars prudemment, la nuit va être longue. J’ai également fait le choix de ne pas porter ma ceinture de fréquence cardiaque, je vais gérer à la sensation. Ces premiers kilomètres sur le bitume permettent de se chauffer en douceur, c’est d’autant plus plaisant que l’année dernière il pleuvait déjà à cet endroit du parcours, là au moins, on est au sec !

Toujours beaucoup de supporters présents sur le bord de la route, c’est euphorisant et motivant ! Notre peloton s’étire petit à petit, chacun prenant son rythme pour enfin quitter le goudron et attaquer les chemins. Chemins qui sont déjà bien gras.

Une petite pluie presque insignifiante s’invite à la fête, aucune gène, je vois juste tomber quelques gouttes devant le faisceau de ma frontale.

Je regarde ma montre régulièrement, pour surveiller mon allure et le chrono pour la gestion de mon hydratation et alimentation. Tout va bien.

Une heure de course, 10 bornes avalées, et pour fêter ça, une ½ barre énergétique. Tiens, c’est pas qu’il commencerait à pleuvoir plus ? 

Les descentes très glissantes sur ce terrain boueux, me remémore la SaintéLyon 2018 et m’inquiète quelque peu quant à la suite des événements.

 

Saint Christo-En-Jarez, 17e km

2h01 de course, 1994e au classement général.

Premier ravitaillement, comme l’année précédente sous un chapiteau où il fait bien chaud. Je vise la soupe chaude et repars sans traîner, moins de 5 minutes et déjà le corps bien refroidi.
La pluie s’est bien intensifiée. Ça va se compliquer mais j’ai le mental pour.

Une des particularités de cette course, c’est sans conteste, le fait qu’il y a peu d’échange entre trailers, hormis ceux qui sont en groupe, pour les autres comme moi, on a peu d’occasion de discuter avec un autre concurrent. Et pour cause, avec ces conditions climatiques, on est tous concentrés sur l’endroit où l’on pose ses pieds, notre regard se porte juste à quelques mètres devant nous dans le faisceau de notre frontale, sur ce terrain de jeux de plus en plus boueux, glissant à souhait, dans cette 1ere nuit de décembre bien noire, sous la pluie et désormais avec le brouillard. Un beau cocktail qui force à la prudence.  

SaintéLyon 2019 - Pluvieuse ? - Photo : Peignée Verticale

SaintéLyon 2019 – Pluvieuse ? – Photo : Peignée Verticale

Sainte-Catherine, 31e km

3h56 de course, 1558e au classement général.

Deuxième ravitaillement. Pas de changement de stratégie pour ma part, passage obligé par la soupe chaude, qui est bien meilleure qu’au premier ravito. C’est qu’on deviendrait presque difficile . Je picore quelques bouts de nourritures qui me font envie et go !

 

SaintélYon 2019 - Pause Ravito - Photo : Peignée Verticale

Photo : Peignée Verticale

D’après les spécialistes de la SaintéLyon, c’est à partir d’ici que la course commence…

A ce stade, nous sommes tous bien trempés, et même si, pour notre plus grand bonheur, le vent n’est pas présent cette année, il fait froid. Il faut impérativement garder un rythme correct pour espérer ne pas se geler de trop. 

De tradition pour la SaintéLyon, à plusieurs reprises, en pleine campagne, en bordure de route, des bénévoles ou des supporters font de beaux feux, mille mercis à eux. Et c’est beau un feu de camp dans la nuit froide, et encore plus sous le déluge qui s’abat sur nous. Quelques trailers en profitent pour s’arrêter et se réchauffer, je ne prends pas ce risque, des fois que l’envie de repartir me passe…

Alors que j’avais maudit cette boue l’année dernière, je décide de lâcher les freins dans les descentes. Je me prends alors au jeu, et à ma grande surprise, j’y prends du plaisir, ce qui me permets de dépasser bon nombre de concurrents. Du coup, je cours moins crispé et au niveau musculaire, c’est beaucoup mieux.

 

Le Camp – Saint-Genou, 40e km

5h17 de course, 1238e au classement général.

Mais où est donc passée la bande de joyeux lurons qui chantaient “À Saint-Genou, tu bois un coup !” à l’entrée du ravitaillement de l’édition 2018 ? Il est vrai que ce temps n’incite pas à rester dehors… Tant pis, cela ne m’empêchera pas de boire tout de même un coup : une soupe bien chaude, s’il vous plaît ! Et par la même occasion, un morceau de banane, 2 carreaux de chocolat, un tuc et zou !

Dans ces descentes boueuses qui peu à peu se transforment pour certaines en marre à boue, lorsque le terrain n’arrive plus à absorber l’eau et que nos chaussures ne font plus barrage, les pieds sont saisis par l’eau glacée. J’y vois au moins un avantage, celui de profiter d’une séance de Cryothérapie à l’œil ou comment joindre l’utile à l’agréable… Cela s’avère plutôt efficace, des douleurs qui avaient fait leur apparitions au niveau des pieds sont rapidement anesthésiées ! 

J’ai une lecture du terrain qui est plus qu’approximative, cela fait déjà quelques kilomètres que les piles de ma frontale donnent des signes de faiblesses. Il serait grand temps que je m’arrête pour les remplacer, afin d’éviter une chute qui pourrait me coûter cher, mais je n’ai aucune envie de m’arrêter, là, sous la pluie, pour faire cette opération qui va me refroidir et qui va être compliquée étant donné que malgré les gants, mes mains sont trempées. Je continue donc ma route, concentration maximale pour déchiffrer au mieux ces descentes accidentées qui défilent sous mes pieds.

 

Soucieu-En-Jarrest, 53e km

6h56 de course, 1018e au classement général.

Lieu de mon abandon de la SaintéLyon 2018 ! Et bien content de ne pas être dans le même état cette année. Dès l’entrée dans la salle du ravitaillement, je me trouve un endroit pour procéder au remplacement des piles de la frontale et pour changer mon tee-shirt technique seconde couche par un manche longue plus chaud. Cette opération qui n’a l’air de rien, reste pénible à faire, car tout est trempé : veste de pluie, gants, tee-shirt. Les enlever est une chose, les remettre en est une autre…

Enfin, je me dirige vers la soupe chaude, j’en ai bien besoin, ainsi que quelques nourritures au passage. Une gorgée de soupe, un morceau de banane en même temps, c’est fou les mélanges que l’on s’autorise à faire sur ces courses… 

C’est fort sympathique tout ça mais il est largement temps de se remettre en route, direction la sortie.

Une fois dehors, je claque des dents, je grelotte, bref je me gèle !

La remise en route est compliquée, m’obligeant à une marche rapide n’arrivant pas à courir de suite. Je suis rejoins par un autre concurrent qui éprouve les mêmes difficultés. On discute tout en continuant et petit à petit, le temps que les muscles se réchauffent, nous reprenons à courir.

A cet endroit de la course, le plus gros du dénivelé positif est derrière nous, il reste un peu moins de 500d+ pour 23 km. La fatigue se fait bien ressentir. Quelques douleurs : aux adducteurs certainement dues au terrain glissant, et au niveau des cervicales, peut-être à force d’avoir la tête baissée, les yeux rivés sur le sol, me provoquant une gène lorsque je tourne la tête d’un côté ou de l’autre, mais rien qui puisse entamer mon moral.

Les portions de bitumes sont désormais plus importantes, malgré tout nous continuons à emprunter des chemins en descentes toujours boueux mais avec bien plus d’eau, là où de nombreux concurrents perdent du temps à vouloir éviter l’eau qui ruisselle, je vais droit dessus, ce qui me permet de grappiller quelques places au passage. De toute façon, trempé pour trempé cela ne change pas grand chose au ressenti.

Toujours l’œil sur la montre afin de contrôler l’hydratation, l’alimentation et le nombre de kilomètres qui augmentent petit à petit, j’enclenche alors un compte à rebours mental. 

Plus que 20 km avant l’arche d’arrivée !
Qu’est-ce que 20 km ? 

2 fois 10 km,
soit 2 fois 1h de course à pied en petite sortie lors de l’entraînement matinal hebdomadaire, une broutille…

Le jour finit par se lever, mais point de soleil à l’horizon, juste un ciel gris chargé de nuages et par bonheur une pluie qui commence à se faire plus timide.

Alors que nous traversons un sous-bois, sur une sente étroite, je suis émerveillé de ce que je vois : dans ce décor au ciel gris et au sol marron, les arbres dont les feuilles sont pratiquement toutes tombées viennent tapisser le sol d’un jaune-orange de toute beauté ! Hélas, point de photo, mon téléphone est éteint depuis de nombreuses heures afin de lui éviter une fin de vie prématurée et le remettre en route maintenant me prendrai trop de temps.

15 km avant l’arrivée et 4 km avant le ravitaillement de Chaponost, je gamberge sur la façon de gérer la fin de cette course… Il me reste suffisamment d’eau et de quoi largement m’alimenter ! Et si je faisais l’impasse sur le dernier ravito ? Voilà une idée qui me plait 🙂   

 

Chaponost, 65e km

8h46 de course, 1073e au classement général.

J’arrive au ravitaillement, entre dans la salle, la traverse, ressort sans un arrêt au stand et continue ma course.

J’en profite tout de même pour sortir un de mes petits sandwichs maison dont je croque quelques bouchées afin d’amener un peu de carburant au moteur pour ce dernier tronçon.

En suivant de près quelques trailers sur un sentier descendant, alors que ça stoppe net devant pour éviter ce qui semble être une grosse flaque d’eau marron longue d’une trentaine de mètres, les coureurs bifurquent par un passage à gué sur la gauche. Avec un autre concurrent, nous ne nous posons pas la question, je le précède et continuons notre course droit devant. Éclats de rire lorsque dans les derniers mètres nous avons de l’eau jusqu’à mi-cuisse, mais nous avons fait le bon choix et finit par doubler le petit groupe que l’on suivait.

10 petits kilomètres avant l’arrivée ! Et ceux-la, je veux les savourer car je sais que je vais terminer cette SaintéLyon 2019, que je suis en train de prendre une revanche sur moi-même. 

Au fur et à mesure, les chemins se font plus rares, nous évoluons sur des sections goudronnées, c’est moins sympathique et plutôt usant, les organismes étant bien fatigués. Je subis ces dernières montées en marchant, me force à courir sur les portions plates, et me lâche dans les descentes.

Nous traversons le Parc Aventure au 71e km, encore des descentes, puis des montées, j’entends un concurrent devant dire qu’il a hâte d’arriver aux 80 marches, même si je ne connais pas, j’approuve entièrement 😉

Les voicis, ces fameuses marches, elle se situent chemin du Grapillon et déboulent sur le quai Jean-Jacques Rousseau. Je m’exclame de joie, car de cet endroit, nous avons une vue splendide sur le Musée des Confluences et un peu plus loin la Halle Tony Garnier… Ca sent l’écurie !

2 tout petits kilomètres me séparent désormais de la ligne d’arrivée. 

Une fois sur le quai Jean-Jacques Rousseau, nous franchissons la route, pour prendre sur notre gauche et rejoindre le quai en contrebas qui longe la Saône. Je m’accroche à la foulée d’un concurrent qui semble encore bien frais. A nouveau quelques marches pour nous ramener à hauteur de l’A7, nous passons devant le Musée des Confluences, puis bifurquons sur la droite pour emprunter le Pont Raymond-Barre. Nous courrons à bonne allure et doublons encore quelques concurrents. Applaudis et encouragés par des supporters tout au long de ces dernières centaines de mètres, et enfin après quelques petits détours, l’imposante Halle Tony Garnier sur notre droite, un dernier virage et puis nous voilà à l’intérieur, nous franchissons ensemble cette arche d’arrivée !   

 

Arche d’arrivée – Halle Tony Garnier, 76,6e km

10h17m42s de course.

Quelques secondes pour retrouver mes esprits, le temps de réaliser, je me retourne et contemple cette arche lumineuse. Je peux, maintenant, pleinement savourer l’arrivée de cette SaintéLyon 2019 qui met fin à une nuit dantesque. Une grande satisfaction personnelle d’être venu à bout de la 66e édition de la doyenne nocturne des courses nature !  

 

Epilogue

Alors que je m’apprête à téléphoner à ma petite femme pour lui dire que je suis arrivé, je trouve son message : “Well done mon amour, je t’ai vu franchir la ligne d’arrivée en direct. Trop fière de toi. Je t’aime” 🙂 

Après une bonne douche chaude et enfin au sec dans des vêtements chauds, un plateau repas sur lequel il me faudra lutter pour ne pas m’endormir, je quitte la Halle Tony Garnier, pour rejoindre, toujours à pied, la gare routière de Lyon-Perrache avec mon sac à dos bien plus lourd qu’à l’aller, toute ma panoplie de trailer gorgée d’eau.

A bord du BlaBlaBus, à destination de Toulon, je peux maintenant m’assoupir et profiter d’un peu de repos bien mérité 🙂

 

Classement

  • 981/4467 arrivants
  • 79/623 dans ma catégorie V2H

 

La SaintéLyon 2019 en chiffres

  • 17 000 engagés toute épreuves confondues
  • 6 500 engagés sur la SaintéLyon 76K SOLO
  • 1 900 non partants
  • 1 400 abandons
  • 1 000 bénévoles

 

Bilan d'une année qui se termine...

Alors que 2019 touche déjà à sa fin, je fais le bilan de cette année, de ces belles aventures que j’ai eu la chance de vivre :

  • Rando Trail de 4 jours sur la trace de l’UTMB pour faire Le tour du Mont-Blanc, avec mon jeune frangin Aurélien (170 km pour 10000 m de dénivelé positif).
  • Ultra Trail – Le Tour des Cirques – GRP (120 km pour 7000 m de dénivelé positif)
  • Le Trail du Petit Saint-Bernard (60 km pour 3500 m de dénivelé positif)
  • La SaintéLyon (76 km pour 2100m de dénivelé positif)

Mais alors, qu’en sera t-il de 2020 ?